Exclusive interview with Doukouré Ousmane (Executive Secretary of CHAMCI): “The Ivorian diaspora in the United States must become an organised force for development”

La diaspora ivoirienne aux États-Unis possède des compétences, des réseaux, une expérience internationale et une réelle capacité d’investissement. Mais ces forces restent encore trop dispersées. Avec la Stratégie CHAMCI Diaspora …
La diaspora ivoirienne aux États-Unis possède des compétences, des réseaux, une expérience internationale et une réelle capacité d’investissement. Mais ces forces restent encore trop dispersées. Avec la Stratégie CHAMCI Diaspora USA–Côte d’Ivoire 2026–2030, le CHAMCI veut créer des outils simples et concrets pour mieux connecter les Ivoiriens, faciliter les projets et rapprocher les États-Unis de la Côte d’Ivoire. Le Secrétaire exécutif explique les objectifs de cette démarche et les premières actions prévues.
Pourquoi le CHAMCI a-t-il élaboré une stratégie spécifique pour la diaspora ivoirienne aux États-Unis ?
La diaspora ivoirienne aux États-Unis représente une force considérable. On y trouve des entrepreneurs, des investisseurs, des médecins, des ingénieurs, des avocats, des universitaires, des chercheurs, des cadres et de jeunes professionnels. Beaucoup veulent contribuer au développement de la Côte d’Ivoire. Mais, dans les faits, ils manquent souvent d’informations fiables, de contacts sérieux et de solutions pour suivre leurs projets à distance. Les initiatives existent, mais elles restent trop isolées. Notre objectif est simple : mieux organiser cette énergie et la transformer en actions concrètes.
Quelle est la vision portée par cette stratégie ?
Nous voulons faire du CHAMCI un point de liaison fiable entre les Ivoiriens des États-Unis, la communauté musulmane, les entreprises et les opportunités en Côte d’Ivoire. La Délégation CHAMCI USA ne doit pas se limiter à représenter l’organisation. Elle doit être utile au quotidien : mettre les bonnes personnes en relation, aider à comprendre les démarches, orienter les investisseurs, faire connaître les compétences disponibles et accompagner les projets. En clair, nous voulons construire un véritable pont entre les États-Unis et la Côte d’Ivoire.
Quels sont les grands axes de la stratégie 2026–2030 ?
La stratégie repose sur six priorités :
1. mieux organiser le réseau de la diaspora ;
2. faciliter les investissements et le suivi des projets ;
3. mobiliser les compétences et former les jeunes ; 4. développer les échanges économiques entre les deux pays ;
5. soutenir les jeunes professionnels et les femmes entrepreneures ;
6. renforcer les actions de solidarité, notamment autour de la Zakat et du Waqf.
Ces axes sont liés. Un investisseur a besoin d’un réseau. Un entrepreneur a besoin de compétences. Un projet social a besoin de transparence. Notre approche doit donc être globale, mais toujours concrète.
Comment le CHAMCI compte-t-il organiser ce réseau ?
Nous voulons lancer le CHAMCI USA Business Network. Ce réseau réunira les entrepreneurs, chefs d’entreprise, investisseurs, cadres, experts, universitaires, chercheurs et jeunes professionnels ivoiriens aux États-Unis. L’idée n’est pas de créer un annuaire de plus. Nous voulons savoir qui fait quoi, dans quel secteur, avec quelles compétences et quels besoins. Les inscriptions seront volontaires et les données protégées. Le réseau servira à :
* organiser des rencontres ;
* créer des groupes par secteur ;
* partager des opportunités ;
* trouver des partenaires ;
* faire connaître les entreprises ivoiriennes ;
* connecter les professionnels des États-Unis avec ceux de Côte d’Ivoire.
Nous voulons remplacer les contacts occasionnels par une vraie dynamique de réseau.
Le Guichet Diaspora sera-t-il la porte d’entrée de cette stratégie ?
Oui. Le Guichet Diaspora CHAMCI doit devenir le premier point de contact pour les membres de la diaspora. Une personne pourra s’adresser au Guichet pour :
* investir en Côte d’Ivoire ;
* créer une entreprise ;
* trouver un partenaire ;
* rechercher un local ;
* préparer un retour au pays ;
* suivre un projet ;
* obtenir une orientation professionnelle.
La démarche doit être simple : la demande est reçue, clarifiée, enregistrée puis orientée vers le bon interlocuteur. Le demandeur doit ensuite savoir où en est son dossier.
Quel accompagnement sera proposé aux investisseurs ?
Le CHAMCI Diaspora Investment Desk aidera les membres de la diaspora à mieux s’orienter avant d’investir. Le Desk pourra :
* recenser des projets ;
* effectuer une première lecture des dossiers ;
* préparer des fiches claires ;
* organiser les premiers contacts ;
* orienter l’investisseur vers les professionnels compétents ;
* faciliter le suivi des échanges.
Nous travaillerons avec des banques, des institutions financières, des avocats, des notaires, des experts-comptables, des fiscalistes, des experts techniques, des professionnels de l’immobilier et des consultants. Notre rôle sera de faire gagner du temps et d’éviter que l’investisseur avance seul dans un environnement qu’il connaît parfois mal.
Quelles limites le CHAMCI devra-t-il respecter ?
Elles sont très claires. Le CHAMCI ne garantira aucun investissement, ne promettra aucun rendement et ne donnera pas de conseil juridique, fiscal ou financier réglementé.
Nous ne remplacerons ni une banque, ni un avocat, ni un notaire, ni un expert-comptable. Nous aiderons l’investisseur à trouver les bons interlocuteurs et à poser les bonnes questions.
La décision finale lui appartiendra. Le CHAMCI agit comme :
* facilitateur ;
* orienteur ;
* connecteur ;
* accompagnateur.
Il ne garantit pas les investissements et ne se substitue pas aux professionnels réglementés.
Quels secteurs d’investissement seront concernés ?
Nous regarderons les secteurs dans lesquels la diaspora peut réellement apporter du capital, des compétences ou des réseaux :
* agriculture et agro-industrie ;
* immobilier ;
* éducation ;
* santé ;
* technologie ;
* industrie ;
* énergie ;
* services ;
* transport et logistique.
Pour chaque projet, nous voulons présenter des informations compréhensibles : qui porte le projet, où il se trouve, combien il recherche, comment il compte gagner de l’argent, à quel stade il se trouve et quels risques doivent être examinés. Une fiche claire ne remplace pas une due diligence.
Mais elle permet à l’investisseur de savoir rapidement s’il souhaite aller plus loin.
La stratégie prévoit-elle un accompagnement du retour en Côte d’Ivoire ?
Oui. Beaucoup de membres de la diaspora souhaitent revenir, créer une activité ou s’installer progressivement en Côte d’Ivoire. Mais ils ne savent pas toujours par où commencer.
Le parcours « USA-Côte d’Ivoire » les aidera à identifier les bons interlocuteurs pour :
* créer une entreprise ;
* trouver un partenaire ;
* rechercher un local ;
* acheter ou louer un bien ;
* recruter ;
* trouver un financement ;
* comprendre les obligations fiscales ;
* développer une activité commerciale ;
* accomplir les démarches nécessaires.
Nous ne ferons pas les démarches à la place des institutions compétentes. En revanche, nous pouvons éviter aux porteurs de projets de perdre du temps ou de s’adresser au mauvais service.
Comment répondre aux difficultés de suivi des projets à distance ?
C’est une difficulté très fréquente. Des membres de la diaspora achètent un terrain, construisent une maison, financent une exploitation agricole ou lancent une entreprise, puis découvrent qu’ils ne disposent d’aucun suivi fiable.
Le CHAMCI veut les orienter vers des professionnels référencés pour effectuer des visites, vérifier l’avancement des travaux, produire des comptes rendus et signaler rapidement les problèmes. Le dispositif devra reposer sur :
* un cahier des charges ;
* des responsabilités précises ;
* des rapports périodiques ;
* des preuves et documents vérifiables ;
* une traçabilité des interventions ;
* un mécanisme de réclamation et de retour d’expérience.
Nous ne pouvons pas supprimer tous les risques. Mais nous pouvons réduire l’opacité et améliorer le suivi.
La diaspora ne représente-t-elle pas seulement une source de financement ?
Non. Réduire la diaspora à ses transferts d’argent serait une erreur. Elle possède aussi des compétences et une expérience internationale dans des domaines comme l’intelligence artificielle, la cybersécurité, la finance, la médecine, l’ingénierie, le droit, la recherche, le management, le marketing, l’industrie, l’agriculture et l’énergie. La Banque des Compétences CHAMCI Diaspora permettra d’identifier les personnes prêtes à :
* former des jeunes ;
* conseiller des entreprises ;
* accompagner des projets ;
* intervenir lors de conférences ;
* encadrer des porteurs de projets ;
* développer des partenariats ;
* assurer du mentorat.
Quels dispositifs sont prévus pour les jeunes et les femmes ?
La CHAMCI Academy USA proposera des formations, des conférences, du mentorat, du coaching, des stages et un accompagnement professionnel pour les étudiants, jeunes diplômés, jeunes cadres, entrepreneurs et porteurs de projets. Le réseau CHAMCI Young Professionals permettra aux jeunes professionnels ivoiriens des États-Unis et de Côte d’Ivoire de se rencontrer, de partager des opportunités et de bénéficier de l’expérience de professionnels plus avancés. Le CHAMCI Women Business Network sera consacré aux femmes entrepreneures.
Il devra faciliter l’accès à la formation, au mentorat, aux partenaires, à l’information financière et aux marchés. L’objectif n’est pas seulement d’organiser des événements. Il faut créer des relations qui débouchent sur des stages, des contrats, des financements, des partenariats ou des créations d’entreprise.
Comment le corridor économique USA–Côte d’Ivoire sera-t-il construit ?
Un corridor économique ne se décrète pas. Il se construit avec des entreprises qui vendent, achètent, investissent, recrutent et travaillent ensemble. Nous voulons donc organiser une plateforme active autour de :
* rencontres B2B ;
* missions économiques ;
* recherche de distributeurs ;
* appels à projets ;
* partenariats technologiques ;
* promotion des entreprises ivoiriennes ;
* identification d’investisseurs ;
* échanges entre universités, incubateurs et entreprises.
Cette plateforme devra réunir les chambres de commerce, associations professionnelles, entreprises, universités, incubateurs, investisseurs et acteurs de l’innovation. Le but est de créer des relations commerciales durables, pas seulement de multiplier les rencontres.
Quelle place la solidarité occupe-t-elle dans cette stratégie ?
La solidarité est au cœur de l’identité du CHAMCI. Elle doit toutefois être organisée avec la même exigence que les autres activités. Le programme CHAMCI Solidarité pourra soutenir des orphelins, des veuves, des étudiants, des familles vulnérables, des établissements de santé et des écoles. Chaque action devra être documentée : montant collecté, bénéficiaires, dépenses engagées et résultats obtenus. Les donateurs doivent savoir comment leur contribution a été utilisée.
Le CHAMCI pourra également contribuer à la mise en place de futurs dispositifs liés à la Zakat et au Waqf, en coordination avec les organismes compétents et dans le respect des règles applicables.
LA VISION DU CHAMCI
Foi + Fraternité + Compétences + Entrepreneuriat + Investissement + Solidarité
Qu’est-ce que le Pacte CHAMCI Diaspora ?
Le Pacte CHAMCI Diaspora sera un engagement réciproque. Le CHAMCI s’engagera à informer, connecter, orienter et accompagner les membres de la diaspora. Il devra aussi valoriser leurs compétences, faciliter leurs projets, soutenir les initiatives utiles et rendre compte des résultats.
De leur côté, les membres de la diaspora pourront participer selon leurs moyens et leur disponibilité : partager leur expertise, accompagner les jeunes, soutenir des projets sociaux, investir de manière responsable, développer des relations économiques ou contribuer à des projets structurants.
La formule résume l’esprit du pacte : « Je réussis où je suis et je contribue au développement de mon pays, de ma communauté et de la jeunesse. »
Comment la stratégie sera-t-elle pilotée ?
La stratégie sera suivie par les instances dirigeantes du CHAMCI en Côte d’Ivoire, le Délégué Général du CHAMCI aux États-Unis et un comité de pilotage CHAMCI Diaspora USA–Côte d’Ivoire. Ce comité devra prendre des décisions concrètes : valider les plans d’action, suivre les résultats, coordonner les équipes, examiner les partenariats, identifier les difficultés et corriger ce qui ne fonctionne pas. Cinq pôles opérationnels sont prévus :
* CHAMCI Business Network ;
* CHAMCI Investment Desk ;
* CHAMCI Talents & Academy ;
* CHAMCI Diaspora Services ;
* CHAMCI Solidarité.
Une équipe transversale suivra la communication, les données, la confidentialité et la protection des informations.
Quelles seront les premières priorités ?
En 2026, nous voulons installer les bases : mettre en place le comité de pilotage, répartir les responsabilités, lancer le Guichet Diaspora, créer le CHAMCI USA Business Network et commencer la Banque des Compétences. En 2027, nous passerons aux services opérationnels : lancement de l’Investment Desk, publication des premières fiches de projets, démarrage de la CHAMCI Academy USA, création des réseaux Young Professionals et Women Business Network, organisation des premières rencontres B2B et mise en place du suivi des projets. Les années 2028 et 2029 serviront à renforcer ce qui fonctionne et à élargir le réseau. En 2030, une évaluation complète permettra de mesurer les résultats et de préparer la suite.
ENCADRÉ — CALENDRIER DE MISE EN ŒUVRE 2026 :
installation et lancement 2027 :
déploiement des services prioritaires 2028–2029 : consolidation et changement d’échelle 2030 : évaluation et nouvelle stratégie Comment mesurer la réussite de cette stratégie ? Nous devons mesurer des résultats, pas seulement compter les réunions. Nous suivrons notamment :
* le nombre de membres actifs ;
* les entrepreneurs et professionnels référencés ;
* les projets identifiés et accompagnés ;
* les mises en relation réalisées ;
* les partenariats conclus ;
* les formations organisées ;
* les experts mobilisés ;
* les jeunes et les femmes accompagnés ;
* les contributions sociales collectées et utilisées. Les équipes feront un suivi mensuel.
Les responsables présenteront un bilan trimestriel. Le comité de pilotage examinera les résultats tous les six mois. Un rapport annuel sera publié.
Une évaluation intermédiaire est prévue en 2029 et une évaluation finale en 2030.
Quels sont les principaux risques identifiés ?
Le premier risque serait de créer des structures sans activité réelle. Il existe aussi des risques liés au manque de coordination, à la faible participation, aux investissements, à la confusion sur le rôle du CHAMCI, au manque de ressources et au suivi insuffisant des projets.
Pour les limiter, nous devons :
* définir clairement les responsabilités ;
* communiquer régulièrement ;
* utiliser des procédures simples ;
* orienter les membres vers des professionnels compétents ;
* sélectionner soigneusement les partenaires ;
* suivre les demandes et les projets ;
* protéger les données ;
* publier des rapports réguliers. Nous devons être ambitieux, mais aussi prudents.
La confiance se construit par des résultats et par la transparence.
Quel message souhaitez-vous adresser à la diaspora ivoirienne aux États-Unis ?
La diaspora n’a pas besoin de promesses générales. Elle a besoin de points de contact fiables, d’informations claires et de services qui fonctionnent. Le CHAMCI veut construire cette relation sur la confiance et la responsabilité. Chacun doit pouvoir contribuer selon ses moyens : par son capital, son expertise, son réseau, son temps ou son engagement social. Notre ambition est de faire du CHAMCI un interlocuteur utile entre les États-Unis et la Côte d’Ivoire.
CITATION À RETENIR « Connecter les personnes, mobiliser les compétences, faciliter les investissements, suivre les projets et renforcer la solidarité. »
Conclusion La Stratégie CHAMCI Diaspora USA–Côte d’Ivoire 2026–2030 vise à donner une organisation et des outils à une force qui existe déjà.
Sa réussite dépendra de notre capacité à écouter la diaspora, à travailler avec des partenaires compétents, à accompagner les projets jusqu’au bout et à rendre compte des résultats. À l’horizon 2030, la Délégation CHAMCI USA devra être reconnue non pas pour le nombre de ses annonces, mais pour son utilité concrète : des personnes mieux connectées, des projets mieux suivis, des compétences mieux mobilisées et des liens économiques plus solides entre les États-Unis et la Côte d’Ivoire.
Ibn GHAZALI


